Interview culinaire de Marie-Pierre

Oui, nous savons que vous êtes pantelants d’impatience à l’idée de découvrir la suite – et fin – de notre interview culinaire ! Si, si, vous l’êtes !
Car le suspense est à son comble : dans la première partie, nous avons découvert comment Hervé, auguste fondateur de l’équipe KdoClick, nourrit de main de maître sa petite famille…
Il vous a dévoilé quelques astuces – dont la Tartatout ! – et dévoilé les secrets d’une organisation sans faille. Enfin, disons plutôt une « organisation instinctive » !
Donc, oui, il est possible de faire à manger pour 4 personnes de manière équilibrée, en faisant plaisir à tout le monde et sans prise de tête.

Mais quand on vit seul ? Les célibataires sont-ils condamnés à se nourrir de plats industriels ou à se contenter d’une salade anémique qui se ratatine dans le frigo ? Comment concilier le plaisir du partage avec une assiette solo ? Déprime assurée ? Abonnement aux antidépresseurs ?
Que nenni ! Marie-Pierre, dite Mpi, passe à son tour à la casserole et raconte tout à Hervé… 

Quelques questions générales...

Séquence bis « Madeleine de Proust » : quel est ton premier souvenir concernant la cuisine ?

➤ Mon grand-père maternel, debout devant les fourneaux, en train de nous concocter sa fameuse paella. Bizarrement, les rôles étaient inversés chez mes grands-parents : c’est ma grand-mère qui conduisait – pour notre plus grande terreur et celle des autres automobilistes, qui doivent encore s’en souvenir – et mon grand-père qui faisait à manger. Il adorait la cuisine espagnole, et il était doué !
Et j’ai encore le cahier de recettes de ma maman, avec plein de recettes « à l’ancienne » : sauce béchamel, savarin d’agneau, une cuisine familiale et roborative. J’avoue ne pas m’en servir souvent, mais il a une valeur sentimentale, sans doute parce qu’elle y a laissé des annotations…

Je préfère Papy aux fourneaux que Mamy au volant, moi !

Comment t’organises-tu pour gérer tes repas sur une semaine ? Fais-tu au fur et à mesure ou arrives-tu à faire un peu d’avance ?

➤ Je suis la reine de l’organisation, comme tu le sais : un vaillant petit soldat ! Heu… Enfin presque… un déserteur, ça te va ? Bon, plus sérieusement c’est un peu à la « va comme je te pousse » !
J’ai des recettes récurrentes, alors je sais ce que je dois prendre et ce qui me manque. Si je veux tester un plat spécifique, je fais une liste… que j’oublie le plus souvent, et j’ai une mémoire de poisson rouge : donc je me retrouve à faire une tout autre recette mais bon, ce n’est pas grave ! J’aime bien l’inventivité en cuisine.
Et puis, on a beau suivre à la lettre les consignes d’une recette, suivant la puissance de son four, le tour de main, la qualité des ingrédients… on n’est jamais sûr du résultat. Comme dans la vie, quoi ! La manière dont on cuisine reflète pas mal notre personnalité, non ?
Moi, je suis plutôt du genre spontané, je n’organise pas grand-chose. J’ai mes produits de base, mes chouchous, après c’est ce que je vois sur l’étal des marchés qui me donne de l’inspiration. Comme j’adore les légumes, je suis les saisons et je fais des overdoses de veloutés de courge en novembre, etc.

Ben au moins, tu as les fesses roses, à défaut d’avoir de la mémoire !

Cuisiner pour une seule personne, je suppose que ça veut dire se retrouver avec beaucoup de restes. Du coup, tu congèles ou tu réaccommodes le lendemain ?

➤ Tu supposes bien ! Oui, j’ai des restes en permanence, mais le congélateur est mon ami. Je fais souvent de grandes portions quand un plat est un peu complexe ou long à préparer, et puis je congèle par portions individuelles. Parfois, j’accommode les restes, mais je ne suis pas trop fan…
Sinon, je préfère inviter des copains à la maison, si j’ai envie de me lancer dans une « grosse » recette : ça me donne bonne conscience et il ne reste rien ensuite ! Et ils sont plutôt contents…

Oui, bon, ils n’osent peut-être pas te dire que c’est affreusement affreux, ce que tu leur fais à manger ? Aïe ! Pas taper, pas taper !

Es-tu plutôt bec salé ou bec sucré ? Et qu’est-ce que tu préfères cuisiner ? (Oui, c’est à nouveau une de tes propres questions, et alors ? Une réclamation ?)

➤ Je garde mes réclamations pour plus tard !
Je préfère le salé… en tant que consommatrice ! Mais c’est bizarre, j’adore faire de la pâtisserie, alors que je ne suis pas très sucre – hormis le sacro-saint chocolat, évidemment… Je crois que ça tient à l’odeur : le parfum d’un gâteau en train de cuire qui envahit mon appartement, mmmm… Mais j’aime aussi cuisiner le salé.
De toute façon, quand on aime manger, on aime cuisiner ! Tant que ce n’est pas trop long… Je ne suis pas très patiente et je n’aime pas le « fignolage », la décoration, tout ça… Ce que je fais est souvent bon, mais pas très esthétique ! Mais bon, avec l’âge, je m’améliore… un peu…

Ah, OK, c’est la beauté intérieure qui compte. On va dire ça !

Bon, parlons de tes compétences culinaires...

Pour les recettes, c’est évident qu’on les trouve souvent pour 4 personnes : tu tentes quand même ou tu laisses tomber ? Je sais que, pour un gâteau, tu vas tenter !

➤ Pourquoi tu dis ça ? À cause de tous les gâteaux que je ramène parce que j’ai eu envie de les tester ? OK, OK, il faut bien que je trouve des victimes !
Choisir une recette prévue pour 6 et la faire pour moi toute seule ne me fait pas peur : soit j’adapte – à la louche – les proportions, soit je prévois de congeler ce que je ne dévore pas… C’est plus facile pour le salé, parce que les gâteaux ne se conservent pas très longtemps et la congélation ne leur réussit pas, mais j’ai trouvé quelques ruses de Sioux : je prends des moules plus petits, par exemple. Ou j’utilise carrément des moules individuels !
Mais je fais très rarement de la pâtisserie pour moi toute seule, parce que ça, ça se partage.

Ah ben parfait ! Tu me donnes l’ouverture idéale pour ma question suivante, du coup…

J’adore le partage et je suis heureux de faire goûter mes préparations. Est-ce que cuisiner en solo ne te frustre pas, du coup ? Ou bien es-tu une affreuse égoïste qui s’en tamponne le coquillard avec une patte d’alligator femelle ? (ça, c’est pas de moi, hein, tu as reconnu Audiard !)

➤ Bien sûr que je m’en tamponne le coquillard – mais pas avec une patte d’alligator, femelle ou non, trop douloureux.
Plus sérieusement : c’est vrai que le plaisir de cuisiner vient beaucoup du partage, mais j’invite pas mal à la maison, du coup, pour me donner des alibis !
Et puis oui, je suis assez égoïste pour savoir me faire plaisir, et j’aime manger.
En solo, je fais surtout attention à l’équilibre des repas, je privilégie le bio et le local, tout ça tout ça… Mais je peux me régaler de choses très simples, juste d’une salade d’endives et de noix, avec un peu de roquefort… Miam !
Bien se traiter est une base. Aimer manger, se faire des plats équilibrés et les savourer, ça fait partie d’un ensemble, d’une appétence au bonheur. Oui, monsieur, parfaitement !

C’est un gros mot, « appétence » ?

Paul, un ami de la famille, affirme que pour une tarte il vaut mieux une pâte maison avec une garniture moyenne qu’une pâte industrielle avec une très bonne garniture, t’en dis quoi ?

➤ J’en dis que je suis nulle et archi nulle pour faire les pâtes moi-même, et que donc mes tartes ne sont jamais des chefs-d’œuvre ! Et c’est vrai, je crois que Paul a tout à fait raison…
Mais, sérieusement, c’est l’une des rares préparations culinaires que je n’aime pas faire : ça colle aux doigts, on se retrouve avec de la pâte sous les ongles (toi, tu t’en fiches, mais pour une femme, c’est un critère, non mais, on a des griffes, nous !), c’est tout ramollo, il faut laisser lever, aplatir, pétrir, pfff…
Les pâtes et la mayonnaise, je m’inscris en faux. Je me défausse lâchement.
Quoique, pour la mayo, ce n’est pas parce que je n’aime pas la préparer, mais c’est qu’elle, elle ne m’aime pas : j’ai essayé des centaines de fois, adopté toutes les techniques dites « magiques » des cuisiniers émérites, eh ben non ! Nada ! Ça ne prend pas et c’est dégoûtant. Pire encore : il suffit que je sois à côté de quelqu’un – qui réussit tout le temps de super mayonnaises – pour la lui faire rater.
Je suis une paria de la mayo.

C’est dur, l’ostracisme… Une tarte à la mayonnaise, on va éviter, alors !

Je sais que tu aimes faire des gâteaux, mais que tu veux aussi garder ta ligne. Quels sont tes ingrédients secrets pour faire plus light ?

➤ Ne pas en faire !!! Non mais sérieusement, tant qu’à faire un gâteau, on y va et puis c’est tout !
J’ai essayé quand même différents « trucs », comme remplacer le beurre par de la compote de pommes, de la purée de courgette, du fromage blanc… et c’est pas mal du tout, en fait c’est assez amusant de se lancer dans ce genre d’improvisations.
Mais on ne fait pas des gâteaux tous les jours, alors c’est comme la raclette : on fait, on se délecte, et le lendemain on pédale ! (je parle du vélo, nota bene.)
J’utilise des astuces pour alléger mes plats du quotidien, comme choisir des fromages maigres – je suis une fondue de fromage, sans mauvais jeu de mots, et ça, la balance a des envies de suicide quand on abuse… –, utiliser de la crème légère, privilégier les épices pour donner du goût sans alourdir, etc.

Et une tarte au reblochon ? Un camembert rôti ? Un… aïe ! Pas taper, j’ai dit !

Es-tu précise dans tes recettes, ou alors fais-tu au feeling, telle l’artiste que tu es ? 

➤ J’aurais voulu être une artiiiiiiiiste, pour pouvoir faire mon numéroooooo, pour… Oui, bon ça va, pas la peine d’aller te planquer, j’arrête le massacre !
La cuisine, c’est comme écrire un roman : il y a des règles incontournables, des bases et de la méthode. On planifie, on pèse les ingrédients, on suit les consignes… et puis on s’amuse. Mais si, quoi ? Si on ne s’amuse pas, où est le plaisir ?
J’adore dévier des règles établies, qui ne sont là, après tout, que pour donner une ligne de conduite. Je change des « détails » – épices, ingrédients – je rajoute, je tente… Sauf pour la cuisson, parce qu’on ne rigole pas avec la cuisson ! Tout le reste est affaire d’envie, d’inventivité… et de ce qu’on a dans le frigo.
Si vous êtes comme moi – cf. question 2, oubli systématique de la liste de courses à la maison –, il vaut mieux être créatif ! Souvent, le résultat est top. Parfois, oups…

C’est malin : je vais t’imaginer aux fourneaux, en tablier, quand je lirai un de tes bouquins !

Raconte-nous une aventure culinaire. Fais-nous rêver un peu, quoi !

➤ Il était une fois… un sachet de moules surgelées, qui traînait depuis des mois dans mon congélateur sans que me vienne l’idée d’en faire quelque chose. Les moules, c’est bon. C’est diététique. Mais allez donc marier une moule avec une salade ou une soupe pour un repas savoureux et équilibré, vous !
Un soir, n’ayant absolument aucune autre source de protéines à disposition – et les protéines, c’est important, on ne rigole pas plus avec les protéines qu’avec la cuisson ! – je dus me résoudre à sortir les bébêtes du freezer et les observai d’un œil torve.
Après quelques minutes d’inertie mentale, je pensai : au diable ! Puisqu’il le faut ! En fait, c’est très très bon les moules surgelées, juste cuites dans un peu de vin blanc – ben quoi ? – et agrémentées d’une crème fraîche légère – j’ai dit légère – pour accompagner un riz blanc et des champignons… J’en rachète souvent, et je n’oublie plus les paquets au fond de mon congélateur.

Mouais. J’espérais rêver avec autre chose que des moules, quand même…

À propos de la collection Cuisine de KdoClick...

Tu testes et utilises, toi aussi, les produits de la boutique. Lequel t’est-il devenu le plus indispensable en cuisine ?

➤ Comme toi, c’est le presse-agrumes en bois de hêtre que j’utilise tous les jours, il est super ! Je presse mon citron et il ne reste plus qu’à le rincer à l’eau froide ou tiède…
Sinon, j’aime beaucoup les moules multi-formes en silicone, ça fait des gâteaux super jolis – s’ils sont bons, c’est encore mieux, mais ça, le moule ne peut pas y faire grand-chose…
Les beewraps en cire d’abeille sont une trouvaille géniale, en plus on a bonne conscience pour emballer nos restes – cf. question 3, un solo en cuisine a toujours beaucoup de restes –, et c’est très efficace.
Et enfin les passoires pliables, c’est un sacré gain de place dans les placards.

Une passoire pour une tête en l’air ? Ça fait bon ménage ? OK, je sors…

Ah, c’est le moment de sortir de mon tiroir LA dernière question, celle qui va te permettre d’exprimer tout ton potentiel créatif et culinaire, et de nous éblouir littéralement par la lumière de ton génie… Si tu disposais d’un mètre carré de terre, qu’aimerais-tu y faire pousser ?

➤ Heu… je dois exprimer mon génie créatif, là ?
Bon, je rêve de faire pousser des kiwis – parce que j’en mange tous les jours et que leur poids carbone me donne mauvaise conscience… –, mais aussi des avocats, pour les mêmes raisons, et idem pour les bananes. Un caféier, aussi. Et un cacaotier. Et… aaaargh !
Ça va être serré comme dans une boîte de sardines, là-dedans !!!

Merci, Mpi, pour ta… créativité ! Je m’en vais regarder mon potager avec un œil un peu perplexe…

Interview réalisée par Hervé. 
(Article publié le 14/12/2019)

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